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Pendant la Seconde Guerre mondiale, plusieurs écrivains ont utilisé certaines méthodes de chiffrement dans leurs œuvres littéraires afin de pouvoir exprimer de manière cachée leurs convictions et leur opposition aux occupants nazis. Les différentes méthodes de chiffrement vues précédemment ont ainsi pu être retrouvées dans de nombreux écrits : par exemple des lettres rédigées par des résistants, où l'utilisation des figures de style est omniprésente, ou encore par des acrostiches dans des poèmes.
Ainsi, dans le poème La rose et le réséda écrit en 1943 par Louis Aragon, le terme « belle » désigne la France, la patrie : c'est l'image de la France prisonnière. Le texte souligne, par de nombreuses répétitions des deux premiers vers (« Celui qui croyait au Ciel / Celui qui n'y croyait pas ») le fait que, dans la Résistance, l'union sacrée devait transcender les clivages religieux. L'auteur appelle à la résistance au-delà des divergences de religion ou d'opinion afin de libérer « la belle prisonnière des soldats ». Le titre du poème en lui-même est déjà un appel à faire abstraction des différences pour l'union : la rose est le rouge, le réséda est le blanc. Le rouge est la couleur du socialisme et donc des athées (« Celui qui n'y croyait pas ») et le blanc celle de la monarchie, du catholicisme (« Celui qui croyait au Ciel »). C'est la même idée d'union contre l'occupant qui est reprise dans la sixième strophe (« Les blés sont sous la grêle/ Fou qui fait le délicat/ Fou qui songe à ses querelles/ Au cœur du commun combat »). La métaphore du « blé sous la grêle » fait évidemment référence aux bombardements.
Dans d'autres cas, les acrostiches peuvent aussi être un outil pour coder un message. Les lettres initiales de chaque ligne forment une phrase cachée : lues verticalement de haut en bas, elles composent un mot ou une expression. Un des acrostiches célèbres de la Seconde Guerre mondiale fut celui rédigé par le militaire et résistant Julien Clément, qui écrivit en 1941 un poème « A notre chef, le maréchal Pétain » : dans ce court texte, les initiales des vers forment un message bien différent du sens général du texte. Le premier vers (« Maréchal, que ton nom soit gravé dans l'Histoire ») est sans rapport avec la phrase formée par les premières lettres de chaque vers : « Merde pour Hitler ».
Jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la littérature n'a cessé d'être un moyen de faire circuler des messages cachés, y compris durant des opérations militaires de grande importance. Le plus bel exemple est donné par la « Chanson d'automne », de Paul Verlaine. C'est en effet sa première strophe (« Les sanglots longs des violons de l'automne blessent mon cœur d'une langueur monotone ») qui, diffusée par Radio Londres sur la BBC qui annonça, le 5 juin 1944 à 21 h 15, l'imminence du débarquement allié en Normandie.
La figure de style engendre donc une double signification : d'un côté un message clair vu par tout le monde, de l'autre des figures de style grâce auxquelles le passage prend une toute autre signification. La figure de style peut donc s'apparenter à un moyen pour crypter un texte.